Le sixième livre que nous vous proposons de découvrir dans le Book Club est celui de la journaliste Lucile Quillet, paru en 2025 aux éditions Les liens qui Libèrent : Les méritantes, comment le monde du travail trahit les femmes

Le travail des femmes dans l’histoire
Lucile Quillet ouvre Les Méritantes par un rappel essentiel : contrairement à une idée largement répandue, les femmes n’ont pas attendu d’obtenir officiellement le droit d’être salariées pour travailler. Elles ont toujours été actives, mais leur travail a été invisibilisé. L’autrice rappelle ainsi le rôle des femmes d’agriculteurs, travaillant à la ferme aux côtés de leur mari, de celles qui constituaient la main-d’œuvre discrète mais indispensable de l’industrie textile, ou encore de celles qui tenaient les comptes des commerces familiaux. Ce détour historique permet de déconstruire un mythe fondateur : celui d’un travail féminin récent, accessoire, presque secondaire.
Des règles du jeu pensées par les hommes et pour les hommes
L’autrice analyse ensuite les critères traditionnellement associés au « bon collaborateur » et s’emploie à les démonter un à un. Présentés comme des évidences, ces modèles reposent en réalité sur des mythes peu efficaces et souvent contre-productifs. Lucile Quillet évoque notamment le présentéisme — qu’elle qualifie de « syndrome du piquet » — ou encore le « syndrome du champion », ce collaborateur qui consacre plus d’énergie à sa propre mise en scène qu’à un travail réellement efficient.
Ces comportements, explique-t-elle, ont été beaucoup moins intégrés par les femmes, souvent davantage attachées à l’efficacité et contraintes de composer avec une double journée : celle du travail rémunéré et celle du travail domestique. Cette réalité les pousse à éviter les pertes de temps et les jeux de pouvoir qui structurent encore largement le monde professionnel masculin.
Se contorsionner pour entrer dans le moule… sans jamais être acceptée
Malgré tout, les femmes tentent de se conformer au modèle dominant. Elles embrassent le mythe de la Wonder Woman : travailler « comme un homme », assumer la charge domestique et émotionnelle, le tout sans se plaindre. Une injonction paradoxale qui ne remet jamais en cause le système existant, mais ajoute au contraire une pression supplémentaire sur les épaules des femmes.
À elles de s’adapter, de trouver des solutions, de mieux s’organiser. Le recours au coaching individuel devient alors l’alibi parfait : si les femmes échouent, ce serait un problème de méthode, jamais un dysfonctionnement structurel.
Le corps des femmes, grand impensé de l’entreprise
Lucile Quillet consacre un chapitre entier à un sujet fondamental et pourtant largement passé sous silence : la santé des femmes au travail. Si la pénibilité de certains métiers masculins a fait l’objet de nombreuses discussions, les réalités corporelles féminines sont restées longtemps taboues dans le monde professionnel.
Règles menstruelles, endométriose, parcours de PMA, grossesse, allaitement, ménopause… Autant de sujets relégués dans la sphère privée, rangés dans le tiroir « personnel — ne pas déranger », de peur que les femmes ne soient perçues comme des problèmes à gérer.
L’autrice aborde également ce qu’elle appelle « la charge vestimentaire du désir » : cette question quotidienne que se posent de nombreuses femmes avant de partir travailler. Comment s’habiller pour être crédible sans être jugée ? Ni trop austère, ni trop séduisante, afin de ne pas être tenue pour responsable du regard ou du comportement des hommes.
Renverser la table
Plutôt que de proposer des solutions individuelles toutes faites, Lucile Quillet invite à une remise en question globale du système. Elle plaide pour une approche véritablement systémique : interroger les règles existantes, déconstruire les normes héritées, et transformer en profondeur l’organisation du travail.
Car sortir de l’inégalité ne peut pas reposer éternellement sur celles qui en font déjà trop. Il ne s’agit plus de demander aux femmes de se suradapter, mais bien de repenser collectivement un modèle qui, aujourd’hui encore, produit et entretient les inégalités.
Bonne lecture.!
